La plupart des cabines de bronzage ne sont pas conformes !

Gerlach/: CC0 Public Domain/Pixabay
Gerlach/: CC0 Public Domain/Pixabay

Toujours autant décriées, les cabines de bronzage à UV sont aujourd’hui dans le collimateur de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Figurez-vous que la plupart d’entre-elles ne seraient en effet pas conformes à la réglementation en vigueur.

Telles sont les conclusions d’une enquête menée par la DGCCRF en 2016. Elle avait pour objectif de s’assurer du respect de la réglementation particulièrement stricte qui encadre cette activité. Elle a porté sur 982 établissements avec une priorité donnée aux instituts de beauté et aux centres de bronzage, spécialisés dans ce secteur. Quelques salons de coiffure, des parfumeries, des salles de sport et les clubs de remise en forme qui offrent ces prestations à titre accessoire, ont également été contrôlés.

Et le verdict est pour le moins inquiétant. En effet le taux d’entreprises présentant une non-conformité a atteint 63%. Dans la quasi totalité des cas ces non-conformités ont concerné les nouvelles mesures relatives aux pratiques commerciales introduites en 2016 mais également certaines mesures datant pourtant de 2013.

Le plus inquiétant c’est que ces infractions ont aussi et surtout concerné la sécurité des appareils et leurs conditions d’utilisation. C’est ainsi que les enquêteurs ont relevé la présence d’appareils en fonctionnement n’ayant fait l’objet d’aucun contrôle technique ou n’ayant pas été contrôlés depuis une durée allant jusqu’à 7 ans (un contrôle périodique devant être réalisé tous les 2 ans). Ils ont aussi constaté l’absence d’attestations officielles à la suite de contrôles techniques ; des problèmes de traçabilité (absence de numéro de série, de catégorie d’appareil avec le type d’UV) ou encore la présence d’une personne faisant fonctionner les appareils à UV sans aucune formation ni aucun diplôme d’esthétique.

Ils ont aussi constaté plusieurs infractions relatives à l’affichage des prix en vitrines ou l’existence d’offres promotionnes et/ou “à volonté” pourtant strictement interdites.

Après cette enquête ont été dressés : 358 avertissements, 242 injonctions, 31 procès-verbaux administratifs et 25 procès-verbaux pénaux.

Evoquant une méconnaissance et un non-respect des dispositions anciennes et récentes de la réglementation, la DGCCRF précise que vérifications dans ce secteur vont donc se poursuivre dans les mois à venir.

Cabines de bronzage : l’académie de médecine veut leur fermeture

L’occasion de rappeler que l’Académie de Médecine s’est déjà prononcée pour une interdiction pure et simple de ces cabines. Il n’y a pas si longtemps, les sages ont écrit “L’Académie nationale de médecine considère que l’interdiction totale des cabines de bronzage en France, «hors usage médical» dans le cadre de maladies dermatologiques, doit être décidée”

Via un communiqué publié en 2015 l’Académie écrivait notamment…

“L’exposition aux rayons ultraviolets A ne s’accompagne d’une pigmentation de la peau que si elle est importante et de ce fait à l’origine d’altérations cellulaires. Ces mêmes expositions n’apportent aucun des bénéfices revendiqués par les professionnels du bronzage : l’apport de vitamine D active n’est pas lié à l’action des UVA et peut facilement se faire par voie orale ; l’exposition ne s’accompagne ni d’une pigmentation ni d’un épaississement de l’épiderme qui participeraient à une protection efficace de la peau ; enfin, dans le traitement de la dépression saisonnière, les UVA ne sont pas utiles et seule la luminothérapie peut avoir une certaine efficacité.

Par le passé…

L’Académie de Médecine s’est déjà prononcée à plusieurs reprises en faveur d’une interdiction pure et simple de cette pratique… A défaut d’en obtenir l’interdiction elle s’était prononcée par le passé contre toute forme de publicité déplorant au passage l’utilisation de l’image de sportifs par les propriétaires de ces établissements.

« En s’infiltrant dans le monde du sport, comme à une certaine époque le lobby du tabac, les professionnels du bronzage se donnent ainsi à peu de frais une image positive de jeunesse, de performance et d’apparente bonne santé puisque le bronzage permanent permettrait de ”conserver un teint hâlé et (se) faire du bien au moral, surtout à l’approche de l’hiver” » avait écrit l’Académie en 2013.

Principalement visés les nageurs du cercle de Marseille qui venaient de signer un contrat de partenariat avec l’enseigne Point Soleil. Egalement pointés du doigt les joueurs de Manchester United qui, pour combler le manque de soleil, utiliseraient des cabines installées dans leur vestiaire à raison de 3 fois pars semaine.

Parce que cette pratique est unanimement reconnue comme dangereuse pour la santé, parce que les professionnels utilisent l’image du sport pour attirer les plus jeunes, l’Académie s’était donc prononcée contre toute forme de publicité comme c’est déjà le cas le tabac et l’alcool.

Il y a un peu plus de 3 ans déjà, l’Académie réclamait aux pouvoirs publics une modification de la législation permettant de signaler la dangerosité de cette pratique et précisait “Il est largement prouvé que les expositions aux rayons ultra-violets A et ultra-violets B sont responsables de la recrudescence des cancers cutanés dont le nombre double tous les 10 ans”.

De leur côté les dermatologues ont rappelé il y a peu que le nombre des cancers de la peau était considérable chez les utilisateurs réguliers d’UV artificiels. Des effets particulièrement sur les peaux les plus jeunes.

Puis de préciser que les UVA, présentés à tort comme inoffensifs dans certaines publicités provoquent en réalité des dégâts en profondeur dans la peau. Ainsi les UVA sont impliqués dans la survenue du mélanome malin, mais aussi, comme les UVB, dans le vieillissement cutané et dans des dommages au système immunitaire de la peau.

Des positions confortées par plusieurs études

Ces différentes prises de position sont confortées par différentes études qui ont été publiées au cours de ces dernières années. Elles ont toutes permis de confirmer que ces cabines étaient dangereuses pour notre santé.

Par le passé l’Institut de Veille Sanitaire s’est également alarmé du nombre de cas de mélanomes cutanés attribuables au bronzage artificiel estimant à 347 le nombre de cas attribuables à l’utilisation des cabines de bronzage et entre 19 et 76 le nombre de décès annuels.

Une étude menée par des chercheurs français et italiens, et fruit d’une synthèse de 27 études européennes, a permis de révéler que 5.4 % des mélanomes cutanés étaient attribuables à l’usage des cabines de bronzage… Pire que cette pratique serait responsable de près de 800 morts chaque année en Europe.

Selon l’Académie de Médecine le mélanome est l’une des tumeurs dont l’incidence a le plus augmenté au cours de ces 20 dernières années : sa fréquence a été multipliée par 4 chez les hommes et par 3 chez les femmes. A plusieurs reprises elle a d’ailleurs précisé que ces rayons UV étaient initialement considérés à tort comme peu agressifs alors qu’ils sont en réalité aussi agressifs que les rayons UV B et ont une part déterminante dans la carcinogenèse. “Il est largement prouvé que les expositions aux rayons ultra-violets A et ultra-violets B sont responsables de la recrudescence des cancers cutanés dont le nombre double tous les 10 ans” a t-elle averti plusieurs fois.