Des anticorps efficaces ont été identifiés contre le virus de la dengue et le virus Zika

Le virus de la dengue et le virus Zika ont de nombreux points communs. Tous deux appartiennent à la famille des flavivirus, des virus à ARN principalement transmis par des moustiques, et possèdent des protéines d’enveloppe similaires. Des chercheurs de l’Institut Pasteur, du CNRS et de l’Imperial College, qui avaient, dans une précédente étude, identifiés des anticorps capables de neutraliser les quatre formes du virus de la dengue, se sont intéressés au virus Zika. Aujourd’hui, et c’est la bonne nouvelle du jour, ils ont identifiés des anticorps efficaces capables de lutter à la fois contre le virus de la dengue mais aussi contre le virus Zika.

Structure 3D de la protéine d’enveloppe du virus Zika (en rouge, jaune et bleu) en complexe avec l’anticorps neutralisant (en vert et en blanc). © Institut Pasteur
Structure 3D de la protéine d’enveloppe du virus Zika (en rouge, jaune et bleu) en complexe avec l’anticorps neutralisant (en vert et en blanc). © Institut Pasteur

Une excellente nouvelle fruit du travail d’une équipe internationale composée de chercheurs de l’Institut Pasteur et du CNRS[1], en collaboration avec l’Imperial College (Londres) et avec l’Université de Vienne (Autriche).

Selon les recherches qu’ils ont effectué ces anticorps auraient la faculté de neutraliser les deux virus. La description du site de fixation de ces anticorps sur l’enveloppe virale, identique chez les deux virus, laisse envisager la mise au point d’un vaccin universel capable de protéger simultanément contre la dengue et la maladie à virus Zika. Les résultats complets de ces recherches ont été publiés dans la revue Nature, le 23 juin 2016.

« Nous voulions voir si les anticorps isolés dans le cas de la dengue étaient capables de neutraliser d’autres virus de la famille des flavivirus, et Zika semblait être le meilleur candidat », expose Félix Rey, responsable du laboratoire de Virologie structurale à l’Institut Pasteur.

Dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont donc sélectionné deux anticorps capables de stopper la prolifération du virus de la dengue – ces anticorps ayant été préalablement isolés chez des patients infectés par la dengue – et les ont présentés au virus Zika. L’un de ces anticorps s’est alors montré particulièrement efficace pour neutraliser le virus Zika, et même plus efficace que pour la dengue, l’empêchant d’infecter les cellules avec lesquelles il était en culture. « Découvrir que le virus de la dengue et le virus Zika sont si proches que certains anticorps produits contre le virus de la dengue neutralisent aussi le virus Zika était totalement inattendu », souligne Félix Rey.

Les chercheurs ont alors entrepris une étude cristallographique pour identifier le site de fixation des anticorps sur le virus Zika, et plus précisément sur les protéines de son enveloppe. Des cristaux renfermant le complexe « anticorps – protéine d’enveloppe » ont été produits grâce à la plate-forme de cristallogenèse de l’Institut Pasteur. C’est ensuite à l’aide des puissants rayons X des synchrotrons de Saclay et de Grenoble que les chercheurs ont pu reconstituer en 3D l’endroit précis où l’anticorps vient se fixer sur la protéine d’enveloppe.

Il s’est alors avéré que le site de fixation des anticorps était le même sur le virus Zika que sur le virus de la dengue, ce qui laisse envisager la production d’un vaccin qui stimule la production d’anticorps capables de se fixer et de neutraliser deux types de virus à la fois. Si, jusqu’à récemment, le virus Zika n’était pas considéré comme dangereux, certains cas de complications neurologiques, de type syndrome de Guillain-Barré, ont été constatés au Brésil et en Polynésie française chez des personnes infectées. Par ailleurs, ce virus est à l’origine de graves anomalies du développement cérébral chez le fœtus (microcéphalie), entraînant un retard mental irréversible. « Les anticorps pourraient par exemple être utilisés pour protéger les femmes enceintes risquant de contracter le virus Zika. Car aujourd’hui, il n’existe aucun vaccin ni aucun traitement pour cette maladie », conclut Félix Rey.

Ces travaux ont été financés par les institutions citées ci-dessus ainsi que par le programme cadre européen (FP7) DENFREE, le LabEx IBEID (Integrative Biology of Emerging Infectious Diseases), et le FlaviStem (ANR/FWF).

Communiqué de Presse Institut Pasteur
[1]Les laboratoires impliqués sont :Virologie (CNRS/Institut Pasteur) Hôtes, vecteurs et agents infectieux : biologie et dynamique (CNRS/Institut Pasteur).

Le virus ZIKA n’épargne pas la Métropole

Le virus ZIKA n’épargne malheureusement pas la Métropole. Depuis le début de cette année 2016 ce sont 460 cas qui ont déjà été diagnostiqués par les autorités sanitaires françaises. Parmi ces cas on a recensé 10 femmes enceintes et 2 cas de complications neurologiques

Certes il s’agit de cas importés mais il ne faut pas les prendre à la légère pour autant. En effet ce virus peut se transmettre d’homme à homme par l’intermédiaire d’une simple piqûre du moustique du genre Aedes dont Aedes aegypti et Aedes albopictus. Lors d’une piqure, le moustique prélève le virus sur une personne infectée. Après un délai d’incubation chez le moustique de l’ordre de quelques jours et à l’occasion d’une autre piqûre, le moustique peut transmettre le virus à une personne saine.

CC0 Public Domain/Pixabay
CC0 Public Domain/Pixabay

Une incidence sur les JO ?

Ce virus qui gagne du terrain peut-il remettre en cause la tenue des prochains Jeux Olympiques d’été qui débuteront dans quelques semaines à peine au Brésil ? Sur ce point, l’Organisation Mondiale de la Santa (OMS) se veut rassurante.

“D’après les évaluations actuelles, l’annulation ou le changement de lieu des Jeux olympiques de 2016 n’aura pas d’incidence significative sur la propagation internationale du virus Zika (…) D’après l’évaluation actuelle du virus Zika qui circule dans près de 60 pays du monde et 39 pays de la Région des Amériques, aucune considération de santé publique ne justifie de reporter ou d’annuler les Jeux a écrit l’OMS dans un communiqué.

Pour l’organisation, et afin de réduire le risque d’infection, le mieux est encore de suivre les conseils de santé publique relatifs aux voyages.

Conseils de l’OMS

L’OMS conseille aux femmes enceintes de ne pas se rendre dans les zones de transmission actuelle du virus Zika, dont Rio de Janeiro fait partie. Il est conseillé aux partenaires sexuels des femmes enceintes en provenance de zones où le virus circule d’adopter des pratiques sexuelles à moindre risque ou de pratiquer l’abstention pendant toute la grossesse.

Toutes les personnes qui envisagent de se rendre aux Jeux olympiques devraient :

  • Suivre les conseils donnés aux voyageurs par les autorités sanitaires de leur pays et consulter un agent de santé avant de partir.
  • Chaque fois que possible, pendant la journée, se protéger contre les piqûres de moustiques en utilisant des produits répulsifs et en portant des vêtements – de préférence de couleur claire – qui couvrent le plus possible le corps.
  • Adopter des pratiques sexuelles à moindre risque (par exemple l’usage correct et systématique du préservatif) ou s’abstenir de tout rapport sexuel durant leur séjour et pendant au moins quatre semaines après leur retour, surtout si elles ont eu ou si elles présentent des symptômes de la maladie à virus Zika.
  • Choisir un hébergement climatisé (où les fenêtres et les portes sont généralement maintenues fermées pour empêcher l’air frais de s’échapper et où les moustiques ne peuvent pénétrer).
  • Éviter de se rendre dans des quartiers sans eau courante ou dans lesquels le système d’assainissement est médiocre (conditions idéales pour la reproduction des moustiques), car le risque de piqûre de moustiques y est plus élevé.

L’OMS/OPS donne des conseils de santé publique au gouvernement brésilien et au Comité d’organisation Rio 2016 sur les moyens d’atténuer le risque que les athlètes et les visiteurs ne contractent le virus Zika pendant les Jeux.

Zika et microcéphalie : le premier trimestre de grossesse est le plus critique

En analysant des données de l’épidémie de Zika de 2013-2014 en Polynésie française, des chercheurs de l’Institut Pasteur (Paris) et leurs collaborateurs polynésiens ont confirmé la survenue de cas groupés de microcéphalie et quantifié le risque de microcéphalie associé au virus : s’appuyant sur une modélisation mathématique originale, leur analyse montre que le risque de microcéphalie est de l’ordre de 1% pour un fœtus/nouveau-né dont la mère a été infectée par le virus Zika durant le premier trimestre de sa grossesse. Ces travaux ont été publiés au mois de mars dernier dans la revue The Lancet

Une épidémie causée par le virus Zika touche actuellement un nombre important de pays de la zone Amérique. Cette émergence coïncide avec une explosion du nombre de suspicions de microcéphalie, une malformation neurologique grave caractérisée par des fœtus/nouveau-nés ayant des têtes de petite taille. Pour autant, les données issues de cette épidémie en cours, non consolidées, restent difficilement interprétables, notamment pour quantifier le risque de microcéphalie associé à une infection Zika.

Dans ce contexte, des chercheurs de l’Institut Pasteur – unités Modélisation mathématique des maladies infectieuses, dirigée par le Dr Simon Cauchemez, et Epidémiologie des maladies émergentes, dirigée par le Pr Arnaud Fontanet, en collaboration avec Henri-Pierre Mallet du Bureau de Veille Sanitaire de Polynésie française, Marianne Besnard du centre hospitalier de Polynésie Française, et les hôpitaux Necker et Trousseau (AP-HP), ont choisi de s’appuyer sur les données issues d’une précédente épidémie de Zika en Polynésie française, en identifiant de façon rétrospective tous les cas de microcéphalie survenus sur une période de 23 mois entre septembre 2013 et juillet 2015.

Leurs analyses ont en premier lieu établi que sur les 8 cas de microcéphalie qu’ils ont mis en évidence, 7 (88%) sont apparus durant les 4 mois qui ont suivi l’épidémie de Zika, indiquant une association temporelle forte entre l’épidémie et la survenue de microcéphalie.

Afin de mieux caractériser cette association, les chercheurs ont ensuite développé des modèles mathématiques capables de déterminer la période de grossesse pendant laquelle l’infection par le virus Zika était le plus probablement associée à une augmentation du risque de microcéphalie. Leur modèle a révélé que 1% des fœtus/nouveau-nés dont la mère est infectée au cours de son premier trimestre de grossesse sont atteints de microcéphalie, alors que le risque n’est que de 0,02% en temps normal.

Ce niveau de risque par femme enceinte infectée est plus faible que ce qui a été observé pour d’autres infections virales associées à des complications durant la grossesse. A titre d’exemple, lorsqu’une femme enceinte est infectée par la rubéole durant le premier trimestre de grossesse, le risque de complication grave est évalué entre 38% et 100%. Ces résultats restent néanmoins inquiétants, car contrairement à la rubéole qui affecte moins de 10 femmes enceintes par an en France, la proportion de personnes infectées durant une épidémie de Zika peut dépasser 50%. Ils confirment donc la nécessité de protéger les femmes enceintes contre le virus, et tout particulièrement pendant le premier trimestre de grossesse.

Cette étude vient en complément d’autres études qui ont mis en évidence la présence du virus Zika dans le liquide amniotique ou le cerveau de fœtus à l’occasion d’interruptions médicales de grossesse pour microcéphalie, et d’une étude montrant qu’il est possible d’infecter des cellules souches neurales par le virus Zika. D’autres études sont maintenant nécessaires, notamment des cohortes prospectives de femmes enceintes, pour identifier l’ensemble des malformations congénitales susceptibles d’être induites selon le terme de la grossesse au moment de l’infection par le virus Zika, et pour savoir si la présence de signes cliniques chez la mère lors de l’infection par le virus Zika augmente le risque de microcéphalie.

Symptômes de l’infection à virus zika : Dans une très grande majorité des cas, la maladie provoque peu de symptômes ou même l’absence de symptôme. L’évolution est le plus souvent rapidement favorable avec une guérison spontanée en 2 à 7 jours.

Lorsque des symptômes apparaissent, ils sont le plus souvent de type grippal (fièvre, maux de tête, courbatures) avec des éruptions cutanées et se manifestent dans les 3 à 12 jours qui suivent la piqûre par le moustique.

Le Zika peut également se manifester par une conjonctivite ou par une douleur derrière les yeux, ainsi que par un œdème des mains et/ou des pieds. La fièvre apparaît peu élevée et transitoire.*

Ces travaux ont été co-financés par les institutions citées ci-dessus ainsi que par le LabEx IBEID, EU-PREDEMICS, NIH-MIDAS, et le Fonds AXA pour la Recherche.

Source : Association between Zika virus and microcephaly in French Polynesia, 2013-2015, The Lancet, 15 mars 2016/ Communiqué Institut Pasteur / Ministère de la Santé/ InVS/Organisation Mondiale de la Santé