Deux mutations rares chez l’Homme responsables de la toxicité du traitement contre la gale


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Deux mutations rares chez l’Homme responsables de la toxicité du traitement contre la gale. L’ivermectine est un médicament couramment utilisé pour traiter les maladies parasitaires. Initialement développé dans les années 1980 pour un usage vétérinaire, il a été ensuite adapté pour lutter contre des parasites humains des pays tropicaux. Considéré comme sans danger pour l’Homme, il est maintenant utilisé pour traiter la gale et les poux. Des chercheurs d’INRAE avec des cliniciens et biologistes des CHU de Toulouse et Montpellier ont découvert, chez un enfant qui avait été traité par l’ivermectine en prévention de la gale, des mutations rares associées à une neurotoxicité aiguë du médicament. Leurs résultats sont parus le 20 août 2020 dans la revue New England Journal of Medicine.

Deux mutations rares chez l’Homme responsables de la toxicité du traitement contre la gale
CC0 Public Domain /Pixabay

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L’ivermectine est l’un des antiparasitaires les plus utilisés actuellement. Développé d’abord pour les animaux dans les années 1980, ce médicament est maintenant utilisé chez des millions de personnes pour traiter des maladies parasitaires tropicales comme l’onchocercose1 et la filariose lymphatique2. L’ivermectine est aussi recommandée dans le traitement de la gale et des poux récalcitrants aux traitements classiques et elle est considérée comme extrêmement bien tolérée chez l’Homme. Pour tous ses bénéfices, les découvreurs de l’ivermectine, W. Campbell et S. Omura, ont été gratifiés du prix Nobel de Médecine en 2015.

En 2018, un enfant de 13 ans a été hospitalisé dans le service de réanimation du CHU de Toulouse pour un coma, juste après avoir été traité préventivement par l’ivermectine pour suspicion de gale. Les causes habituelles de coma ayant été éliminées, les médecins ont fait analyser son sang par des chercheurs d’INRAE, spécialistes de ce médicament. Les scientifiques ont trouvé un taux normal d’ivermectine, ce qui a permis d’exclure immédiatement la piste d’un surdosage. L’enfant est finalement sorti du coma et a pu rentrer chez lui au bout de 48h. La recherche a été poursuivie et l’équipe biologique du CHU de Montpellier a séquencé chez l’enfant le gène de la P-glycoprotéine (P-gp). C’est une pompe qui expulse des toxiques et des médicaments, comme l’ivermectine, protégeant ainsi le cerveau. Le gène présentait deux mutations différentes, chacune héritée de l’un des parents. Ces mutations dites « nons-sens » générent deux copies incomplètes de la protéine et conduisent à la perte de sa fonction. La P-gp ne jouant plus son rôle de barrière, l’ivermectine rentre dans le cerveau et devient toxique chez cet enfant. Il s’agit ici du premier cas de P-gp non fonctionnelle décrit chez l’homme.

Les mutations découvertes ici sont extrêmement rares dans la population générale et c’est grâce à une approche multidisciplinaire concertée, combinant des compétences en clinique, en pharmacologie, en biologie et en bioinformatique, que le diagnostic a pu être réalisé relativement tôt chez cet enfant, qui va ainsi bénéficier d’un suivi adapté concernant la prescription des médicaments, en particulier ceux qui sont transportés par la P-gp.


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Ces travaux montrent l’intérêt de la pharmacogénétique, qui est l’étude de l’influence des gènes sur la réponse d’un individu aux médicaments, encore trop rarement envisagée en pratique clinique avant la mise en place d’un traitement médicamenteux.

Crédit/source : INRAE (service de presse)

Référence: E. Baudou, A. Lespine*, G. Durrieu, F. André, P. Gandia, C. Durant, S. Cugnat*. Serious Ivermectin Toxicity and Human ABCB1 Nonsense Mutations. New England Journal of Medecine 383;8; August 20, 2020; DOI: 10.1056/NEJMc1917344(*A. Lespine, S. Cugnat: for correspondence)

1 Maladie parasitaire infectieuse tropicale (appelée aussi cécité des rivières) causée par un ver dans la peau, et qui atteint les yeux, transmise aux humains par la piqûre d’une petite mouche noire.
2 Maladie parasitaire infectieuse tropicale qui atteint le système lymphatique, transmise aux humains par les moustiques.
3 Protéines de la membrane des cellules nerveuses qui permettent le transports des ions

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