Cancer du sein : Un nouveau médicament guidé par une anomalie du génome fait ses preuves pour la première fois

Présentée en conférence plénière au congrès annuel de l’ESMO (European Society for Medical Oncology) le samedi 20 octobre par le Pr Fabrice André, oncologue à Gustave Roussy et directeur de recherche Inserm, l’étude de phase III SOLAR-1 confirme clairement le bénéfice de l’ajout de l’alpelisib au traitement des femmes en rechute d’un cancer du sein avancé hormonodépendant. Pour ces femmes, la rechute de la maladie est repoussée de 5 mois et le risque de progression de la maladie est diminué de 35%. Dans le cancer du sein, c’est la première thérapie guidée par la génomique.

cancer du sein
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L’hormonothérapie et les inhibiteurs de CDK4 constituent la prise en charge de référence des femmes atteintes d’un cancer du sein avancé hormonodépendant. Mais la majorité des patientes présentent une résistance au bout de quelques mois ou années. À la rechute, une nouvelle classe d’hormonothérapie est initiée. Pr Fabrice André

“Retrouvée dans 40% des cancers du sein avancés hormonodépendants et en rechute, la mutation PIK3CA provoque une hyperactivation de PI3 kinase, enzyme stimulant le cycle cellulaire. Cette enzyme est impliquée dans la transformation des cellules saines en cellules cancéreuses, la progression des cancers ou encore le développement d’une résistance à l’hormonothérapie.” Pr Fabrice André.

Étude de phase III, SOLAR-1 a consisté à comparer le bénéfice de l’ajout d’une nouvelle molécule, l’alpelisib, qui cible l’isoforme alpha de PI3 Kinase, à un placebo au moment de la rechute en plus d’une hormonothérapie (fulvestrant). L’alpelisib a été évaluée chezles patientes portant ou non la mutation PIK3CA. Lors d’une précédente étude de phase Ib, cette thérapie avait montré un bénéfice chez ces femmes.

Promue par Novartis, SOLAR-1 est une étude de phase III multicentrique, internationale, randomisée, en double aveugle contre placebo qui a inclus au total 572 patientes entre juillet 2015 et juillet 2017.

Au moment de leur inclusion dans l’étude SOLAR-1, la mutation PIK3CA a été recherchée chez les patientes. 341 femmes portant la mutation PIK3CA et 231 femmes ne portant pas la mutation ont reçu par voie orale soit l’alpelisib soit un placebo pendant environ cinq mois.

Chez les femmes portant la mutation PIK3CA ayant pris l’alpelisib, la survie sans progression de la maladie est de 11 mois contre 5,7 mois pour celles sous placebo, soit plus de cinq mois gagné sans progression de la maladie avec l’alpelisib.

De plus, dans le groupe des femmes non mutées, aucune différence significative entre l’alpelisib et le placebo n’a été retrouvée sur la survie sans progression de la maladie. La présence de la mutation est donc nécessaire pour retrouver une efficacité du médicament. À terme, l’enjeu sera de mettre en place la détection de la mutation PIK3CA afin de prescrire l’alpelisib uniquement aux femmes qui en auront un bénéfice.

Jusqu’à présent dans le cancer du sein, les thérapies disponibles ciblaient des récepteurs ou l’expression d’une protéine (récepteurs aux oestrogènes ou HER2). Cette étude est la première à démontrer l’efficacité d’une thérapie guidée par la génomique. Dans d’autres pathologies, des thérapies guidées par la génomique sont déjà disponibles à l’instar du crizotinib pour les patients atteints d’un cancer du poumon présentant un remaniement du gène ALK ou le vemurafenib pour les patients atteints d’un mélanome portant une mutation du gène BRAF.

Les explications du Pr Fabrice André en vidéo