On sait maintenant pourquoi les tatouages durent si longtemps

tatouages
StockSnap/Pixabay

Les tatouages on les croit éternels parce qu’ils durent très longtemps, ils durent même tout la vie. Des chercheurs viennent aujourd’hui de comprendre pourquoi. Et c’est aussi en le comprenant qu’ils ont découvert comment améliorer les techniques d’effacement.

Des chercheurs de l’Inserm, du CNRS et d’Aix Marseille Université regroupés au sein du Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy (CIML) viennent en effet de découvrir que, si un tatouage peut être éternel, ce n’est pas le cas des cellules de la peau porteuses de son pigment. Celles-ci transmettent ce pigment à de nouvelles cellules lorsqu’elles meurent.

Ainsi, et en agissant sur ce processus, on pourrait améliorer les techniques d’effacement de tatouages actuelles réalisées par laser. Les résultats complets de cette étude ont été publiés cette semaine dans le Journal of Experimental Medicine.

Pendant de nombreuses années, on pensait que les tatouages teintaient les cellules du derme de la peau, les fibroblastes. Cependant, des chercheurs ont suggéré plus récemment que les macrophages de la peau (des cellules immunitaires spécialisées résidant dans le derme) « engloutissaient » le pigment du tatouage, comme ils le feraient normalement avec un pathogène envahisseur ou un morceau de cellule mourante. Dans les deux cas, on présumait que la cellule porteuse de pigment vivait éternellement, permettant ainsi au tatouage d’être plus ou moins permanent.

Cette hypothèse est remise en question par une équipe de recherche associant des chercheurs de l’Inserm et du CNRS, dirigée par Sandrine Henri et Bernard Malissen du Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy, qui a développé avec l’aide du Centre d’Immunophénomique de Marseille une souris génétiquement modifiée capable de tuer les macrophages résidant dans son derme. Au cours des semaines, les chercheurs ont observé que les cellules ainsi détruites avaient été remplacées par de nouveaux macrophages dérivés de cellules précurseurs présentes dans le sang et en provenance de la moelle osseuse et connues sous le nom de monocytes.

Ils ont ainsi découvert que les macrophages du derme étaient le seul type de cellules à absorber le pigment lors du tatouage de la queue des souris. Malgré la mort programmée de ces macrophages, l’apparence du tatouage ne changeait pas. L’équipe a donc conclu que les macrophages morts libéraient le pigment dans la zone les environnant où, au cours des semaines suivantes, ce pigment était réabsorbé par de nouveaux macrophages

Ce cycle de capture, libération et recapture du pigment se produit continuellement dans une peau tatouée, même lorsque les macrophages ne sont pas tués en une seule fois. Les chercheurs ont ainsi transféré un morceau de peau tatouée d’une souris à une autre et découvert que, six semaines plus tard, la plupart des macrophages porteurs de pigment provenaient de l’animal destinataire plutôt que de l’animal donneur.

« Nous pensons que, lorsque des macrophages porteurs de pigment de tatouage meurent au cours de la vie adulte, d’autres macrophages environnants recapturent les pigments libérés et assurent d’une manière dynamique l’apparence stable et la persistance à long terme des tatouages », explique Sandrine Henri, chercheuse Inserm et co-responsable du projet de recherche.

Les tatouages peuvent être effacés par des impulsions laser qui provoquent la mort des cellules cutanées et la libération et fragmentation de leurs pigments. Ces derniers peuvent ensuite être transportés loin de la peau via les vaisseaux lymphatiques qui drainent la peau. « Le détatouage via cette technique laser peut probablement être amélioré par l’élimination temporaire des macrophages présents dans la zone du tatouage», déclarent les chercheurs. « Ainsi, les particules fragmentées de pigment générées au moyen des impulsions laser ne seront pas immédiatement recapturées : cet état augmente la probabilité de les voir évacuées par les vaisseaux lymphatiques. »

Crédit/source : salle de presse INSERM

nastogadka/Pixabay

Sur le même sujet : Les nanoparticules injectées lors des tatouages se déplacent dans le corps

Le saviez-vous ? Les éléments qui composent l’encre des tatouages se déplacent dans le corps sous forme de micro et nanoparticules, et ce jusqu’aux ganglions lymphatiques. C’est ce que démontre une étude publiée le 12 septembre dans Scientific Reports par une équipe de chercheurs allemands et de l’ESRF, le synchrotron européen de Grenoble. C’est la première fois qu’il existe des preuves analytiques ex-vivo du transport de pigments organiques, non-organiques, et d’impuretés d’éléments toxiques dans le corps mais aussi la première fois qu’une caractérisation approfondie ex-vivo est faite de pigments dans les tissus tatoués. Pour obtenir ces résultats, l’équipe a utilisé les rayons X ultra puissants de deux lignes de lumières ou stations expérimentales de l’ESRF.

“Quand quelqu’un veut se faire un tatouage, il est souvent très soucieux de choisir le bon salon, celui où les normes sanitaires sont respectées, celui où des aiguilles stériles neuves sont utilisées. Mais, personnes ne se pose la question de savoir quelle est la composition chimique des couleurs utilisées pour les tatouages. Notre étude montre qu’il le faudrait!” souligne Hiram Castillo, l’un des auteurs de l’étude, scientifique à l’ESRF
Les nanoparticules injectées lors des tatouages se déplacent dans le corps : que contiennent les encres ?

La réalité est que l’on sait peu de choses sur les impuretés potentielles présentes dans le mélange de couleurs injectées dans la peau. La plupart des encres de tatouage contiennent des pigments organiques, mais elles sont aussi composées de conservateurs et de contaminants comme le nickel, le chrome, le manganèse ou le cobalt. Outre le noir de carbone, le deuxième ingrédient le plus couramment utilisé dans les encres de tatouage est le dioxyde de titane (TiO2), un pigment blanc qui sert de base pour certaines nuances de couleurs. Le TiO2 est aussi couramment utilisé dans les additifs alimentaires, les écrans solaires, les peintures… La cicatrisation lente, le gonflement localisé de la peau, les démangeaisons parfois constatées après un tatouage, sont autant d’effets indésirables associés à des tatouages blancs, et donc à l’usage du dioxyde de titane.

L’équipe scientifique de l’ESRF, de l’Institut fédéral allemand pour l’évaluation des risques, de l’Université Ludwig-Maximilians, et du Physikalisch-Technische Bundesanstalt, ont réussi à identifier très précisément la localisation du dioxyde de titane une fois injecté dans les tissus. Ce travail a été réalisé sur les lignes de lumière de l’ESRF, ID21 et ID16B.

Jusqu’à présent, les dangers potentiels liés aux tatouages n’avaient été étudiés que par des analyses chimiques menées in-vitro sur les encres et les produits de leur dégradation. « Nous savions déjà que les pigments provenant des tatouages se déplaçaient vers les ganglions lymphatiques en raison de preuve visuelle : les ganglions lymphatiques deviennent colorés avec la couleur du tatouage. C’est la réponse du corps pour nettoyer le site d’injection du tatouage. Ce que nous ne savions pas, c’est qu’ils voyagent dans le corps sous une forme nano, ce qui implique qu’ils peuvent ne pas avoir le même comportement que les particules au niveau micro. Et c’est le problème : nous ne savons pas aujourd’hui comment les nanoparticules réagissent », explique Bernhard Hesse, premier auteur de l’étude et chercheur à l’ESRF.

Les mesures de fluorescence par rayons X menées sur la ligne ESRF ID21 ont permis à l’équipe de localiser le dioxyde de titane dans la peau et l’environnement lymphatique, au niveau micro et nano. Ils ont trouvé une large gamme de particules, de la taille de quelques micromètres dans la peau, mais aussi des nanoparticules dans les ganglions lymphatiques. Cela peut conduire à Cela peut conduire à un gonflement chronique du ganglion lymphatique et à une exposition permanente. Les scientifiques ont également utilisé la technique de la spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier pour analyser les changements biomoléculaires des tissus à proximité des particules de tatouage.

Grâce à ces expériences, les scientifiques ont apporté les preuves du transport de nanoparticules dans le corps et du dépôt à long terme d’éléments toxiques et de pigments de tatouage. Ils ont aussi démontré des altérations de biomolécules souvent liées à l’inflammation cutanée et à d’autres effets indésirables lors du tatouage.

La prochaine étape pour l’équipe est d’analyser d’autres échantillons de patients tatoués atteints d’effets indésirables afin de trouver les liens avec les propriétés chimiques et structurelles des pigments utilisés pour créer ces tatouages