Polémique autour d’une affiche pour le dépistage du cancer du sein



Grosse polémique autour d’une affiche destinée à promouvoir auprès des femmes le dépistage du cancer du sein et repérée par le magazine “Les Inrocks”. Une affiche qui a fait son apparition dans les salles d’attente des cabinets médicaux des Bouches du Rhône. Jugée trop sexiste, elle date pourtant de 2015 mais a été de nouveau utilisée cette année dans le cadre de l’opération “Octobre Rose”.

Pixabay

Sur cette affiche, on peut voir le dessin d’une femme qui vient de passer une mammographie. Jusque-là rien à dire. Sauf que la jeune femme telle qu’elle est représentée s’avère plutôt sexy : mini-jupe, talons hauts et position un brin suggestive.

Très vite des twittos ont tenu à dénoncer cette affiche jugée beaucoup trop sexiste. “Dites @departement13, vous pensez qu’on se fait dépister pour une maladie mortelle ou qu’on tente de chauffer son petit copain ?” a par exemple écrit l’un d’entre-eux.

Et même s’il n’en est pas à l’origine, le conseil général des Bouches du Rhône s’est targué d’une petite réponse qui a elle aussi fait beaucoup réagir. “Bien que ce ne soit pas une de nos campagnes, il faut avouer qu’elle fait parler du dépistage du #cancer du #sein, et ça, c’est plutôt positif @RubanRose! Alors merci de vous faire le relais de cette grande cause, et merci à @Arcades pour son action de #prévention !” a t-on ainsi pu lire sur le compte twitter officiel du conseil départemental.


Quant à ceux qui sont à l’origine de cette affiche polémique – elle est signée de l’association Arcades, un collectif de dépistage des cancers dans le département – ils ont aussi tenu à réagir.

Au micro de France Info Brigitte Seradour, sa président, a ainsi déclaré : “Nous avons pensé que ce dessin humoristique pouvait aider à dédramatiser la mammographie, souvent perçue comme un examen long et douloureux”.

Réaction également de la député LR Valérie Boyer qui a écrit sur Twitter. “Je regrette que le magazine @lesinrocks cherche à alimenter la polémique au lieu de saluer les campagnes de dépistage du cancer du sein avec 11 900 décès annuels. C’est cela le vrai sujet et surtout le véritable drame !”

Pas de quoi calmer la polémique qui a continué de susciter un vif débat.

Octobre Rose : à propos du mois du dépistage du cancer du sein

Parce que la participation au dépistage du cancer du sein ne cesse de diminuer, la Ligue contre le cancer a lancé cette année une Charte pour recentrer Octobre Rose sur son message initial : Inciter les femmes à réaliser une mammographie de dépistage

Octobre Rose a su s’imposer comme un rendez-vous grand public permettant de sensibiliser et de mobiliser contre le cancer du sein, c’est une belle victoire. Mais, aujourd’hui, Octobre Rose devient, malheureusement et à bien des égards, une mobilisation souvent détournée de son objet, prétexte à des communications opportunistes, désordonnées voire mercantiles. Cette dérive tend à anéantir l’efficacité du message. Résultat : la participation au dépistage organisé ne cesse de diminuer chaque année atteignant 50,7% en 2016. Pour lutter contre ce « PINKWASHING », la Ligue contre le cancer lance une Charte destinée à ses Comités départementaux permettant de cadrer les actions « Octobre Rose » et de garantir la mobilisation autour du DÉPISTAGE, véritable chance pour lutter efficacement contre le cancer.



Aujourd’hui :
•Un cancer du sein détecté à un stade précoce peut être guéri dans plus de 9 cas sur 10 !
•Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez les femmes.
•Le dépistage organisé du cancer du sein concerne 10 millions de femmes entre 50 et 74 ans. Seules 50,7% des femmes âgées de 50 à 74 ans ont suivi le programme de dépistage organisé en 2016 contre 51.5% en 2015, contre 52,7% en 2012.[1]
•En 2015, plus de 54 000 nouveaux cas de cancer du sein ont été diagnostiqués en France et plus de 11 000 ont été recensés[2].

Octobre Rose, victime de son succès ?

Le mouvement initié aux Etats-Unis avait à l’origine pour objectif de sensibiliser les femmes entre 50 et 74 ans au dépistage du cancer du sein. Efficace, fiable et indispensable, le dépistage organisé avec la seconde lecture permet de dépister environ 6 à 7% des cancers du sein chaque année.

En quelques années, de nombreuses entités institutionnelles, privées et associatives se sont emparées du mouvement pour collecter des fonds, fédérer, informer, changer l’image sociétale… mais en oubliant parfois les messages principaux : la lutte contre le cancer du sein, le dépistage et les femmes face au cancer.

Aujourd’hui, le sens initial est souvent brouillé et éparpillé dans de multiples communications. La Ligue contre le cancer, afin de s’opposer à toute tentative de communications opportunistes et démagogiques, s’impose une ligne de conduite pour lutter contre le Pinkwashing.

En lançant sa CHARTE DE BONNES PRATIQUES, la Ligue contre le cancer souhaite atteindre les objectifs ci-dessous :

•réduire les difficultés d’accès à l’information et à la sensibilisation en allant à la rencontre des populations ;
•favoriser l’accès au dépistage pour les femmes de 50 à 74 ans.

Un seul message : prenez soin de vos seins

Malgré la notoriété croissante d’Octobre Rose, la baisse du taux de participation au dépistage est la preuve du manque de cohérence initié par la multitude des messages Octobre Rose.

Octobre rose = dépistage organisé = diagnostic précoce = chance de guérison

« Il est grand temps de lutter contre les dérives de toutes sortes pendant Octobre Rose. En tant que porte-parole des personnes malades et de leurs proches, nous nous devons d’agir concrètement pour recentrer le message, et permettre à toutes les femmes, quels que soient leur revenu, leur origine sociale, leur religion, leur lieu d’habitation d’avoir accès à l’information et de se faire dépister » explique le professeur Jacqueline Godet, présidente de la Ligue contre le cancer.

Les messages-clés :

•25>49 ans : réaliser un examen clinique des seins tous les ans (palpation), qui doit être réalisé par médecin généraliste, un gynécologue ou sage-femme.
•50>74 ans : une mammographie de dépistage est recommandée tous les 2 ans. Cet examen, pris en charge à 100% par l’assurance maladie, bénéficie d’une double lecture des clichés radiologiques. Il faut également réaliser un examen clinique tous les ans (palpation).
•>74 ans : réaliser un examen clinique des seins tous les ans (palpation).
•Toutes les femmes à risque : un suivi adapté

Une brochure :

Octobre rose = financement de projets et d’actions contre le cancer du sein

La Charte permet également de garantir la bonne utilisation des fonds recueillis à l’occasion d’Octobre rose par la Ligue contre le cancer. Grâce à ces dons, les Comités départementaux de la Ligue continueront de financer des projets de recherche dédiés et des services d’aide et de soutien auprès de nombreuses femmes :

•accompagnement en soins de supports : chaque année, plus de 30 000 femmes réalisent différentes activités grâce à la Ligue contre le cancer : activités physiques adaptées, soins socio-esthétiques, conseils nutritionnels, soutien psychologique (groupes de parole, entretiens individuels).
•accompagnement social : aides administratives, financières et juridiques, conseils pour l’obtention d’une assurance, accompagnement au retour à l’emploi, aides ménagères, assistantes maternelles
•accueil et orientation : information et écoute personnalisée en fonction de ses besoins
•promotion du dépistage : nombreuses actions au plus proche des personnes les plus vulnérables

Mais aussi groupes de convivialité, activités de relaxation, ateliers d’expression, visites à l’hôpital…

[1] Santé publique France, 7 mars 2017, Données issues des structures départementales du dépistage organisé du cancer du sein
[2] Les cancers en France, Institut national du cancer, édition 2016