Des pictogrammes “femme enceinte” bientôt sur les boîtes des médicaments

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Des pictogrammes “femme enceinte” feront progressivement leur apparition sur les boîtes de médicaments, et ce dès ce mardi 17 octobre 2017. On sait depuis longtemps que certains médicaments, s’ils sont pris pendant la grossesse, peuvent être dangereux pour l’enfant à naître. Oui mais pour renforcer l’information auprès des femmes des pictogrammes « Femmes enceintes » seront désormais apposés directement sur les boites de médicaments concernés par cette mesure.

Pourquoi alors que l’information existe déjà dans les notices des médicaments ? Tout simplement pour la rendre plus visible et sécuriser davantage encore leur utilisation pendant la grossesse ou en cas de désir de grossesse.

D’ici là, et l’absence de pictogramme , il est recommandé de demander conseil à votre professionnel de santé sur la prise de médicaments, si vous êtes enceinte ou que vous envisagez de l’être, si vous n’avez pas eu l’information précédemment.

Sur les boites des médicaments concernés, deux modèles de pictogramme pourront dorénavant être présents, avec selon le cas : soit une interdiction (panneau rond barré), soit un danger (panneau triangulaire).

Découvrez maintenant ces fameux pictogrammes

Crédit/source : Solidarites-sante.gouv.fr

Je suis enceinte, je prends ou j’ai pris un médicament sur lequel figure un des deux pictogrammes : que dois-je faire ?

Dans tous les cas n’arrêtez pas ou ne modifiez pas votre traitement sans avis médical. Vous risquez alors de perdre les effets bénéfiques de votre traitement et voir réapparaître des symptômes, ce qui peut être néfaste pour vous et/ou votre enfant à naître.

– Si vous prenez déjà un médicament (avec ou sans ordonnance) sur lequel figure un pictogramme, parlez dès que possible de votre grossesse à votre médecin. Il vous informera des alternatives possibles, des avantages et des inconvénients connus de chaque solution, qu’elle soit médicamenteuse ou non. Si un traitement vous est indispensable, votre médecin vous proposera le plus sûr pour vous et pour votre enfant à naître. Si nécessaire, il vous orientera vers des professionnels de santé spécialisés.

– Pas d’automédication. Si vous ne prenez pas de traitement, n’en débutez pas un sans l’avis préalable d’un professionnel de santé (même s’il s’agit d’un médicament vendu sans ordonnance).

La découverte d’une grossesse ne doit en aucun cas vous amener à arrêter le médicament qui vous a été prescrit ou à modifier les doses prescrites, sans avis médical. Demandez conseil à un professionnel de santé (médecin, pharmacien, sage-femme), il connaît les risques pour vous et l’enfant à naître.

Je suis enceinte et j’ai pris un médicament interdit pendant la grossesse, que faire ?

Contactez immédiatement un professionnel de santé, il vous conseillera ou vous orientera vers des spécialistes afin de vous apporter un avis personnalisé. En effet, le risque n’est jamais de 100 %. L’analyse de la situation doit être réalisée au cas par cas et nécessite une expertise spécifique, qui prend en compte de nombreux paramètres (le médicament lui-même, la période d’exposition au cours de la grossesse, la dose de médicament, …) et qui pourra conduire à un suivi adapté de votre grossesse.

D’autres questions sur les pictogrammes “femmes enceintes” ? Toutes les réponses vous attendant sur le site du Ministère de la santé en cliquant ICI.

Crédit/Source : Ministère des solidarités et de la Santé

>>> Grossesse : il faut éviter l’ibuprofène

L’occasion de revenir sur une étude publiée au printemps dernier selon laquelle il faut si possible éviter de prendre de l’ibuprofène en cas de grossesse ou de désir de grossesse.

Cette étude – elle a été menée par des chercheurs de l’Inserm au sein de l’Irset « Institut de recherche en santé, environnement et travail »[1] – montre que l’ibuprofène est susceptible d’entraîner des perturbations du système hormonal dans le testicule fœtal humain avec des conséquences éventuelles sur le développement du tractus urogénital masculin. Ce médicament supprime la production de différentes hormones testiculaires, dont la testostérone, qui contrôle les caractères sexuels primaires et secondaires et la descente des testicules. Ces effets sont obtenus à des doses analogues à la posologie classique. Ces résultats sont publiés dans Scientific Reports.

L’ibuprofène, que l’on peut se procurer sans ordonnance, est l’un des médicaments les plus consommés par les femmes enceintes. Si près d’une femme sur dix déclare en avoir pris au cours de sa grossesse, elles seraient en réalité jusqu’à 3 sur 10 à en prendre en automédication selon les études.

Les recherches épidémiologiques menées ces dernières années ont montré une association entre la prise d’antalgiques pendant la grossesse et la survenue d’effets indésirables chez l’enfant (petit poids de naissance, asthme, prématurité etc). D’autres recherches combinant épidémiologie, expérimentation in utero chez le rat et ex vivo sur des organes de rat et humains, entreprises au sein de l’Irset en collaboration avec des chercheurs danois de l’Université de Copenhague) ont montré que le paracétamol et l’aspirine pouvaient perturber le système endocrinien testiculaire fœtal avec comme conséquence une augmentation du risque de non-descente des testicules (cryptorchidie). Seuls les effets de l’ibuprofène n’avaient pas encore été testés.

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Pour cela, les chercheurs de l’Irset – avec l’appui de collègues du CHU de Rennes, de l’Université de Copenhague, de chercheurs du Laberca de Nantes, et de collègues écossais du MRC Edinburgh – ont articulé deux séries de tests pour étudier les effets de l’ibuprofène sur le testicule fœtal humain. Dans la première série d’études, ces testicules sont mis en culture, dans la seconde, ils sont greffés sur des souris[2]. Les effets de l’ibuprofène ont été étudiés sur des périodes correspondant aux 1er et 2ème trimestres de grossesse.

Lorsque les testicules correspondant au 1er trimestre de grossesse sont exposés à l’ibuprofène, la production de testostérone par les cellules de Leydig diminue fortement. Au cours de la même période (jusqu’à 12 semaines de développement), les chercheurs observent pour la première fois que l’ibuprofène affecte aussi la production d’hormone anti-müllérienne par les cellules de Sertoli. Cette hormone joue un rôle clé dans la masculinisation du tractus génital.

En outre, l’expression des gènes codant pour le fonctionnement des cellules germinales, à l’origine de la formation des spermatozoïdes, est largement réduite en présence d’ibuprofène.

Enfin, la production de prostaglandine E2 (connue pour être produite par les testicules et pour intervenir dans de nombreux processus biologiques) et les gènes correspondants sont eux aussi inhibés par la présence d’ibuprofène à ces mêmes âges de développement.

Tous ces effets sont observés très tôt au cours du premier trimestre, et aucun n’est retrouvé sur les tests effectués au cours du second trimestre.

Pour Bernard Jégou, directeur de recherche Inserm et coordinateur de cette étude et Séverine Mazaud-Guittot, chargée de recherche Inserm, les conclusions de ce travail soutenu par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) sont à prendre au sérieux : « il existe une fenêtre de sensibilité bien précise au cours du 1er trimestre de développement du fœtus pendant laquelle l’ibuprofène présente, semble-t-il, un risque pour le futur appareil génital et reproducteur de l’enfant. Tous les faisceaux d’indices convergent vers une grande prudence quant à l’utilisation de ce médicament lors du 1er trimestre de grossesse. En outre, si on prend aujourd’hui en compte le corps de données disponibles, il apparaît que la prise de plusieurs antalgiques pendant la grossesse représente un danger encore accru pour l’équilibre hormonal du fœtus masculin. »

[1] Les xénogreffes consistent à transplanter des cellules ou fragments d’organes d’un organisme vivant (par exemple des cellules humaines) dans l’organisme d’une autre espèce (ici la souris) pour comprendre leur développement.
[2] Institut de recherche en santé, environnement et travail ; Inserm ; Ecole des hautes études en santé publique, Université de Rennes 1.
Communiqué – Salle de Presse Inserm