Antibiorésistance : la prise de conscience est mondiale

: CC0 Public Domain / Pixabay
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|Antibiorésistance| Si vous avez bonne mémoire vous vous souvenez probablement du cri d’alarme lancé juste avant l’été par l’économiste anglais Lord Jim O’Neill et ce dans le cadre d’une étude  sur la résistance des antimicrobiens qui lui avait été commandée par les autorités de son pays.

Selon ses conclusions, et si notre consommation venait à rester en l’état, les résistances aux antibiotiques (ou antibiorésistance) pourraient causer la mort de 10 millions de personnes supplémentaires chaque année, soit 1 mort toutes les 3 secondes en 2050.

Mais d’annoncer toutefois qu’il était encore temps d’inverser la tendance à condition de mettre en place rapidement des mesures fortes, pour ne pas dire drastiques…

La résistance aux antimicrobiens intervient lorsque des bactéries, virus, parasites et champignons développent une résistance aux médicaments qui avaient été auparavant utilisés pour les traiter.

Aujourd’hui, il faut croire qu’il n’est pas le seul à s’inquiéter du problème. Dans un communiqué de presse l’OMS (Organisation mondiale de la Santé, ndrl) a annoncé que l’antibiorésistance  était au coeur d’une assemblée des Nations-Unies qui s’est déroulée hier, mercredi 21 septembre 2016

Pour la première fois, les chefs d’État se sont engagés à adopter une approche générale et concertée afin de s’attaquer aux causes fondamentales de la résistance aux antimicrobiens dans plusieurs domaines, et en particulier la santé humaine, la santé animale et l’agriculture.

C’est la quatrième fois qu’une question de santé a ainsi été examinée par l’Assemblée générale des Nations Unies (les trois premières étaient le VIH, les maladies non transmissibles et la maladie à virus Ebola). La réunion de haut-niveau a été organisée par S.E Peter Thompson, Président de la 71e session de l’Assemblée générale des Nations unies.

«La résistance aux antimicrobiens menace la réussite des Objectifs de développement durables et nécessite une réaction mondiale» a déclaré Peter Thompson. «Aujourd’hui, les États membres ont approuvé une déclaration politique forte qui propose une bonne base à la communauté internationale afin d’avancer. Un pays, un secteur ou une organisation ne peut, à lui seul ou à elle seule, résoudre ce problème ».

Surveiller les infections pharmaco-résistantes

Les pays ont réaffirmé leur engagement à élaborer des plans d’action nationaux en se basant sur le Plan d’action mondial pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens, que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a élaboré en 2015, en coordination avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), afin de lutter contre la résistance aux antimicrobiens.

Ces plans sont nécessaires afin de prendre conscience de l’ampleur du problème et de mettre fin à la mauvaise utilisation des antimicrobiens dans le cadre de la santé humaine, animale et dans l’agriculture. Les dirigeants présents ont reconnu la nécessité de mettre en place des systèmes plus solides afin de surveiller les infections pharmaco-résistantes et la quantité d’antimicrobiens utilisée chez les êtres humains, les animaux et sur les cultures. Selon eux, il est également nécessaire de renforcer la coopération et d’augmenter les financements internationaux.

Ils se sont par ailleurs engagés à renforcer la réglementation sur les antimicrobiens, améliorer les connaissances et la sensibilisation sur le sujet, promouvoir de meilleures pratiques, et à encourager des approches novatrices, en ayant recours à des alternatives aux antimicrobiens, à de nouvelles technologies de diagnostic et à des vaccins.

Selon le Dr Margaret Chan, Directrice générale de l’OMS, «la résistance aux antimicrobiens représente une grave menace pour la santé humaine, le développement et la sécurité. Les engagements pris aujourd’hui doivent être concrétisés en actions rapides, efficaces et capables de sauver des vies dans les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale. Le temps presse».

Des infections banales et mortelles comme la pneumonie, la gonorrhée, des infections postopératoires, le VIH, la tuberculose et le paludisme deviennent de moins en moins traitables à cause de la résistance aux antimicrobiens. Si non maîtrisée, cette résistance devrait vraisemblablement avoir des répercussions sociales, économiques et sur la sécurité sanitaire, ce qui aura pour effet de sérieusement compromettre le développement des pays.

Les niveaux élevés de résistance aux antimicrobiens constatés aujourd’hui dans le monde sont le résultat de l’abus et de la mauvaise utilisation des antibiotiques et des autres antimicrobiens chez les humains, les animaux (y compris les poissons d’élevage) et sur les cultures, ainsi que de la propagation des résidus de ces médicaments dans le sol, les cultures et l’eau. Dans le contexte élargi de la la résistance aux antimicrobiens, la résistance aux antibiotiques est considérée comme le plus grand et le plus urgent risque mondial nécessitant une attention à la fois nationale et internationale.

«La résistance aux antimicrobiens ne pose pas seulement problème dans nos hôpitaux, mais aussi dans nos fermes et notre alimentation. L’agriculture doit assumer sa part de responsabilité, en utilisant des antimicrobiens de manière plus responsable et en réduisant sa dépendance vis-à-vis d’eux, grâce à une bonne hygiène au sein des exploitations» a déclaré José Graziano Da Silva, Directeur général de la FAO.

Comme le souligne le Dr Monique Eloit, Directrice générale de l’OIE, «des antibiotiques efficaces et accessibles sont aussi vitaux pour la protection de la santé animale, son bien-être et pour la médecine vétérinaire que pour la santé humaine. Nous appelons les autorités nationales à soutenir fermement tous les secteurs concernés, en encourageant une utilisation prudente et responsable, de bonnes pratiques et la mise en œuvre des normes et recommandations établies».

Coordonner les actions et rendre compte à l’Assemblée générale de l’ONU en 2018

Les dirigeants présents à la réunion des Nations Unies ont appelé l’OMS, la FAO et l’OIE, en collaboration avec des banques de développement comme la Banque mondiale et d’autres parties prenantes, à coordonner leur planification et leurs actions et à en rendre compte à l’Assemblée générale de l’ONU qui se tiendra en septembre 2018.

Les pays ont préconisé de mieux exploiter les ressources disponibles pour prévenir les infections chez l’homme et chez l’animal, et de le faire à moindre coût. Parmi ces ressources figurent la vaccination, l’eau potable, l’assainissement et l’adoption d’une bonne hygiène au sein des hôpitaux et dans le secteur de l’élevage. Mettre en place des systèmes afin de garantir une utilisation plus adéquate des antibiotiques existants et nouveaux est également essentiel.

Les pays ont aussi souligné les failles du marché et ont préconisé l’instauration de nouvelles mesures incitatives afin d’investir dans la recherche et le développement de nouveaux médicaments, de tests de diagnostic rapides et d’autres thérapies importantes appelées à remplacer celles qui perdent de leur puissance.

Ils ont également insisté sur le fait que le caractère abordable des nouveaux antibiotiques et de ceux déjà existants, leur accessibilité, les vaccins et les autres outils médicaux devraient être des priorités mondiales et tenir compte des besoins de tous les pays.

Un test sanguin expérimental pour éviter les prescriptions inutiles d’antibiotiques

Entre surconsommation et prescriptions inutiles – c’est un peu la même chose me direz-vous – les antibiotiques sont souvent pointés du doigt. En ce début du mois de juillet, les voilà encore une fois à la une de l’actualité santé. Car peut-être demain finira t-on enfin avec ces pratiques qui, et il est bon de le rappeler, ne sont pas toujours sans conséquence sur notre santé.

Pourquoi ? Et bien parce qu’un test sanguin expérimental vient d’être mis au point et il pourrait à lui seul changer la donne dans les années à venir.

Explications :des chercheurs américains viennent en effet de mettre au point un nouveau test sanguin capable de vérifier si une infection est d’origine bactérienne ou virale.

Mis au point par des scientifiques de l’école de médecine de l’université de Stanford (Californie), ce test rapide et peu cher est en mesure d’identifier 7 gènes dont l’expression se modifie pendant une infection. Et ce sont les caractéristiques de ce changement qui peuvent indiquer si l’infection est provoquée par une bactérie ou par un virus.

Et grâce à ce test les médecins vont donc pouvoir éviter de prescrire inutilement des antibiotiques qui, mais chacun le sait, sont totalement inefficaces contre les virus.

« Nous avions besoin d’une signature génétique composée d’un nombre réduit de gènes pour que le test soit utile en pratique. » a déclaré le professeur Purvesh Khatri, principal auteur de l’étude.

Puis de préciser que ce test avait permis de déterminer la nature de l’infection de 96 enfants malades. 5% d’entre-eux seulement avaient besoin d’antibiotiques.

Le seul bémol à ce test c’est sa lenteur puisque 4 à 6 heures sont nécessaires pour obtenir un résultat. C’est bien trop long puisque, dans le cadre d’une septicémie, le risque de décéder augmente par exemple de 6 à 8% à chaque heure passée sans antibiotique.

Le saviez-vous ?

Prescrits à de jeunes enfants, les antibiotiques augmenteraient les risques d’allergies alimentaires. Telles sont les conclusions d’une étude dont les résultats ont été publiés début septembre dans la revue spécialisée “Allergy, Asthma & Clinical Immunology”

Pendant de trop longues années, les antibiotiques ont été un peu trop “automatiques”. Et après une baisse de leur consommation, la tendance est repartie à la hausse suscitant l’inquiétude des autorités sanitaires. Aujourd’hui des chercheurs américains (Université de Caroline du Sud) mettent en garde contre la prescription d’antibiotiques à des enfants âgés de moins d’un an…

Selon leur étude, la prise de traitements antibiotiques au cours de la première année de vie aurait pour conséquence de multiplier les risques de développer des allergies alimentaires. Et pas qu’un peu…

Avant d’en arriver à cette conclusion ils ont suivi 7.500 enfants dont 1.500 qui présentaient une ou plusieurs allergies alimentaires. Puis ils ont cherché à évaluer les effets des antibiotiques sur chacun des deux groupes.

Verdict : les enfants qui avaient reçu un traitement antibiotique durant la première année de leur vie avaient 21 % de risque en plus que les autres d’être atteints d’une allergie alimentaire. Un chiffre déjà inquiétant qui a atteint 64% chez les enfants ayant 5 reçu au moins 5 traitements. Cela s’est surtout vérifié avec les céphalosporines et les sulfamides.

En cause selon les scientifiques : l’altération de la flore intestinale, les antibiotiques ayant pour effet de détruire les bactéries qui sont indispensables au bon fonctionnement de notre système digestif.