Ce jeudi 3 septembre 2026, à 21 heures, France 4 programme Respire, le deuxième film de Mélanie Laurent. Sorti en 2014, présenté à la Semaine de la critique à Cannes, ce drame adolescent reste l’une des œuvres les plus justes et les plus oppressantes du cinéma français sur le thème de l’emprise. À l’heure où les questions de manipulation affective, de perversion narcissique et de santé mentale des adolescents occupent le débat public, cette rediffusion tombe à point nommé.

Une amitié qui commence comme un coup de foudre
Charlie, 17 ans, mène une vie plutôt discrète près de Montpellier. Ses parents se séparent, sa mère (Isabelle Carré) traverse une période fragile. L’arrivée de Sarah, nouvelle élève charismatique, sûre d’elle et fascinante, bouleverse tout. Les deux lycéennes deviennent vite inséparables. Elles partagent secrets, fêtes, vacances. Charlie abandonne progressivement son ancienne meilleure amie, Victoire, et se laisse entièrement absorber par cette relation intense.
Très vite, l’admiration se transforme. Sarah alterne moments de complicité fusionnelle et humiliations, mensonges et caprices. Charlie, fascinée, ne voit pas – ou ne veut pas voir – le piège se refermer. L’entourage s’inquiète. Les crises d’angoisse apparaissent.Mélanie Laurent, qui co-signe le scénario avec Julien Lambroschini d’après le roman d’Anne-Sophie Brasme (publié en 2001 alors que l’autrice n’avait que 17 ans), filme cette descente avec une précision clinique. Le récit reste collé au point de vue de Charlie. On ressent sa confusion, son besoin d’être choisie, puis son étouffement progressif.
Mélanie Laurent derrière la caméra
Après Les Adoptés (2011), l’actrice passée notamment par Inglourious Basterds confirme ici un vrai regard de réalisatrice. Elle filme l’adolescence sans condescendance ni esthétisation excessive. La photographie d’Arnaud Potier, souvent à l’épaule, capte à la fois la lumière du Sud et l’atmosphère de plus en plus irrespirable. La tension monte par petites touches, jusqu’à basculer dans un thriller psychologique.
Le film a reçu un accueil critique majoritairement positif à sa sortie. Le Journal du dimanche parlait d’un film « étouffant, hypnotique ». Le Parisien d’un « sans-faute ». Certains lui ont reproché un maniérisme de mise en scène, mais presque tout le monde s’est accordé sur la force du duo central.
Joséphine Japy et Lou de Laâge, un face-à-face magistral
C’est là que Respire marque encore. Joséphine Japy (Charlie) joue la fragilité, l’intériorité, le doute avec une économie de moyens remarquable. Lou de Laâge (Sarah) est solaire, magnétique, puis progressivement inquiétante. Les deux jeunes actrices ont été nommées au César du meilleur espoir féminin en 2015. Joséphine Japy a également reçu le Swann d’or de la révélation féminine au festival de Cabourg.
Leur alchimie à l’écran est saisissante. On croit à leur amitié, on comprend pourquoi Charlie s’y accroche, et on ressent physiquement le moment où la relation bascule.
Pourquoi regarder Respire ce soir
Le film n’a pas vieilli. Les mécanismes qu’il décrit – fascination, isolation progressive, inversion des rôles, déni de l’entourage – restent d’une actualité brûlante. On y reconnaît des dynamiques que beaucoup ont vécues au lycée, parfois sans oser les nommer. Mélanie Laurent refuse le manichéisme : Sarah n’est pas un monstre unidimensionnel, Charlie n’est pas seulement une victime. Le film observe, sans juger trop vite.
Respire est un film dense, tendu, qui ne lâche pas le spectateur. France 4 le programme à 21 heures. Également disponible en replay et streaming sur France.TV
Un film à voir, ou à revoir, pour ceux qui s’intéressent aux relations de pouvoir dès l’adolescence. Et pour ceux qui se souviennent encore de ce que c’était, de ne plus trop savoir comment respirer.

