Ce samedi 29 août 2026 à 21 heures, France 4 programme « Chez nous » le drame politique de Lucas Belvaux sorti en 2017. Le hasard du calendrier n’est pas anodin : l’actrice principale, Émilie Dequenne, serait née un 29 août. Décédée en mars 2025 à 43 ans d’un cancer rare, elle laisse dans ce rôle l’une de ses interprétations les plus justes et les plus exposées.

Une infirmière trop populaire pour être laissée tranquille
Pauline Duhez est infirmière à domicile entre Lens et Lille. Elle élève seule ses deux enfants, s’occupe de son père, ancien métallurgiste malade de l’amiante, et soigne sans compter des patients souvent isolés ou précaires. Tout le monde l’aime.
C’est précisément cette popularité que le docteur Philippe Berthier, notable local interprété par André Dussollier, décide d’utiliser. Cadre d’un parti d’extrême droite baptisé Rassemblement national populaire, il lui propose d’être tête de liste aux municipales dans la commune fictive d’Hénard. Pauline, qui n’a jamais vraiment fait de politique, accepte. Elle croit simplement pouvoir être utile.
Derrière les meetings, le mécanisme
Le film, coécrit par Belvaux et l’écrivain Jérôme Leroy, auteur du roman Le Bloc, ne s’embarrasse pas de noms réels. Le Bloc patriotique, sa présidente blonde Agnès Dorgelle (Catherine Jacob) et la ville d’Hénard suffisent à faire comprendre de quoi l’on parle.
Pauline n’est pas une idéologue. Elle est généreuse, un peu naïve, et elle découvre progressivement ce que le parti recouvre derrière les sourires et les discours lissés. Son histoire personnelle se croise avec celle de Stanko (Guillaume Gouix), un ancien amour aux méthodes plus brutales. Le Nord industriel, la disparition des services publics et le sentiment d’être « plus chez soi » forment le décor d’une fiction qui montre comment on capte la colère sociale.
Un film sorti en pleine campagne
Chez nous est arrivé en salles deux mois avant la présidentielle de 2017. La polémique a commencé avant même la première projection. Le Front national a crié à la caricature et à la propaganda.
Lucas Belvaux a toujours répondu qu’il s’intéressait moins au parti qu’aux électeurs : à la façon dont un discours « dédiabolisé » peut séduire des gens honnêtes, épuisés et convaincus d’être abandonnés. Le film refuse le manichéisme le plus facile tout en restant clair sur ce qu’il observe.
Émilie Dequenne, le cœur du film
Après Rosetta et Pas son genre, déjà réalisé par Belvaux, Émilie Dequenne donne à Pauline une présence à la fois lumineuse et fragile. On croit à cette femme qui veut bien faire et qui se retrouve prise dans un engrenage plus grand qu’elle.
Autour d’elle, André Dussollier distille une suavité inquiétante, Catherine Jacob campe une dirigeante calculatrice, Guillaume Gouix un militant plus trouble. Le résultat a divisé : environ 3,3/5 côté presse et 3,2 côté spectateurs sur AlloCiné. Certains ont vu un brûlot schématique, d’autres un portrait social précis. Dequenne a obtenu le Magritte de la meilleure actrice.
Pourquoi le revoir aujourd’hui
Neuf ans plus tard, les questions du film n’ont pas disparu. Comment récupère-t-on la colère d’un territoire abîmé ? Jusqu’où va la normalisation d’un discours ? Que coûte un engagement quand on n’en maîtrise plus les contours ?
Le rediffuser le jour de l’anniversaire d’Émilie Dequenne ajoute une dimension personnelle. On revoit une actrice au sommet de sa sincérité, dans un rôle qui demandait exactement cela.
Infos pratiques
« Chez nous » dure 1 h 55. Le programme est déconseillé aux moins de 10 ans.
Diffusion ce samedi à 21 h sur France 4, suivie de « Pourquoi tu pleures ? ». Le film est également disponible en replay et en streaming sur France.TV

