Du nouveau dans l’arsenal contre les poux

Les poux représentent un important problème de santé publique car ils affectent des millions de personnes chaque année. Le plus connu d’entre eux, le pou de tête a un cousin tout aussi redouté, le pou de corps. De la famille Pediculus humanus, ces insectes parasites sont responsables de pédiculose, qui se caractérise par des démangeaisons intenses sur le cuir chevelu et le corps. Au-delà des impacts sociaux qu’ils peuvent engendrer, liés à leur ténacité, ces parasites peuvent avoir de lourdes conséquences physiques, puisque les poux de corps peuvent véhiculer des bactéries responsables de graves maladies. Or ils sont de plus en plus résistants aux traitements. Une étude originale menée par des chercheurs d’INRAE et de l’Université de Tours met en évidence le mode d’action de différents insecticides, déjà utilisés contre d’autres parasites, sur les poux. Leurs travaux, parus le 18 février dans PLoS Pathogens, apportent un éclairage sur le fonctionnement de ces insecticides et proposent de nouvelles solutions dans la lutte contre les poux.

poux
© Flickr – Clémentine Gras

Les poux humains, Pediculus humanus, sont des parasites cosmopolites qui s’attaquent entre autres au cuir chevelu et à la peau. Les poux représentent un problème de santé publique important, car ils impactent des millions de personnes chaque année et montrent de plus en plus de résistance aux traitements. Pour contrer cette résistance, il est nécessaire de développer de nouveaux traitements. C’est pourquoi des chercheurs d’INRAE et de l’université de Tours se sont associés, pour comprendre le mode d’action de différents antiparasitaires disponibles sur le marché et déterminer quelles molécules sont plus adaptées à chaque stade de croissance des poux.

D’un élevage de poux de corps à l’électrophysiologie

Pour mener leur étude, les chercheurs ont utilisé un élevage de poux de corps sensibles aux insecticides. Ils ont alors testé l’efficacité de différents produits (utilisés sur d’autres insectes) sur les poux et sur leurs œufs (les lentes). Sur le podium, on retrouve le fipronil, l’ivermectine et le lotilaner1, qui entraînent la mort des poux adultes mais n’ont aucun effet sur les lentes. Il s’agit par ailleurs de la première mise en évidence de l’efficacité du lotilaner sur les poux. Ce dernier s’est révélé bien plus efficace que les autres insecticides, agissant plus rapidement et à des concentrations plus faibles pour tuer 100% des poux.

En complément de ces tests, des approches bio-informatiques, moléculaires et électrophysiologiques ont été mises en œuvre pour identifier les récepteurs de ces molécules. En croisant leurs données avec celles d’autres espèces d’insectes, les chercheurs ont mis en évidence pour la première fois deux gènes : Phh-GluCl et Phh-RDL dont la fonction est d’inhiber le signal nerveux de l’insecte. Ces deux gènes sont les cibles de l’ivermectine et le lotilaner.

Ces résultats permettent de mieux comprendre le mode d’action des insecticides antiparasitaires et suggèrent que la famille à laquelle appartient le lotilaner (isoxazoline), pourrait être utilisée comme nouveau traitement anti-poux. Ce travail ouvre des perspectives en santé humaine pour le développement de nouvelles stratégies de lutte contre les poux dans le cas d’infestation importante, capables de pallier une résistance à l’ivermectine.

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Un élevage de poux ?

Disponible dans l’unité ISP (Infectiologie et Santé Publique) d’INRAE, ce précieux élevage (il n’en existe que quatre dans le monde) a été constitué grâce à un don de poux de corps de l’élevage du professeur K.Y. Mumcuoglu de l’université hébraïque de Jérusalem, puis maintenu au sein de l’équipe BioMAP de l’unité ISP d’INRAE. Plusieurs milliers de poux sont ainsi obtenus chaque année. Des produits sont régulièrement testés pour une quinzaine d’industriels afin de mettre en évidence un effet sur les poux adultes, ou un effet lenticide sur les œufs. Ces tests sont utiles pour la formulation de remèdes contre les poux en général puisque souvent une molécule efficace sur le pou de corps a de fortes chances de l’être également sur le pou de tête.

Référence
Lamassiaude N, Toubate B, Neveu C, Charnet P, Dupuy C, Debierre-Grockiego F, Dimier-Poisson I, Charvet CL. The molecular targets of ivermectin and lotilaner in the human louse Pediculus humanus humanus: new prospects for the treatment of pediculosis. PLoS Pathogens, 2021; 17(2): e1008863. https://doi.org/10.1371/journal.ppat.1008863

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