Coucher bébé sur le dos n’est pas dangereux

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Coucher bébé sur le dos n’est pas dangereux ! Alors que se déroule actuellement la semaine de la Prévention Nationale de la Mort Inattendue du Nourrisson (MIN), et après que plusieurs articles nous aient mis en garde contre les dangers du couchage de bébé, les médecins des Hospices Civils de Lyon ont décidé de mettre fin à certaines idées reçues sur le couchage dorsal des bébés.

Non les consignes de couchage sur le dos pour prévenir la Mort Inattendue du Nourrisson ne sont pas en contradiction avec les conseils de prévention des déformations posturales du crâne du bébé. Les pédiatres, neurochirurgiens et chirurgiens maxillo-faciaux de l’hôpital Femme Mère Enfant-HCL font le point, preuves à l’appui.

Coucher bébé sur le dos : mise au point

Face à l’activisme d’associations de parents relayé par de nombreux articles parus cet été et à la veille de la semaine nationale de prévention de la Mort Inattendue du Nourrisson, les médecins HCL souhaitent informer les parents sur la plagiocéphalie et insister sur le bien-fondé du couchage sur le dos. « Certains expliquent que le couchage sur le dos serait la cause directe de l’augmentation des cas d’aplatissement du crâne (plagiocéphalie positionnelle). » s’indigne Béatrice Kugener responsable du Centre de Référence « Mort Inattendue du Nourrisson »-HCL. « Il est même proposé aux parents de coucher leur nourrisson sur le côté avec un cale-bébé, et donc de le mettre délibérément dans une position dangereuse qui augmente singulièrement le risque de mort inattendue par basculement puis étouffement [1-4] » poursuit-elle. La France est un des pays européens où l’incidence de la Mort Inattendue du Nourrisson est la plus élevée : 0,35/1000 naissances alors que la moyenne européenne est de 0,25/1000 naissances [6,7] L’enquête INVS de 2007-2009 a conclu que chaque année en France, 100 à 150 nourrissons seraient sauvés si les simples gestes de couchage sans risque étaient respectés [6]. Or le couchage sur le côté est un facteur de risque reconnu pour le nourrisson comme le sont les coussins et les cale-bébés de toute sorte [1,5]. Aux États-Unis, la FDA (Food and Drug Administration) a considéré ces « gadgets » comme tellement dangereux car augmentant le risque de suffocation, qu’elle a demandé leur retrait intégral du marché de la consommation.

La tête plate en augmentation car le bébé est trop souvent coincé dans une coque ou un transat pendant son éveil. « La plagiocéphalie positionnelle devient un problème important de santé publique de par sa fréquence et ses éventuelles répercussions sur la statique vertébrale et faciale », affirme le Professeur Arnaud Gleizal, chirurgien maxillo-facial à l’hôpital Femme Mère enfant – HCL. En effet, l’asymétrie crânienne a des répercussions directes sur le fonctionnement des muscles du cou ce qui peut être responsable à long terme de l’apparition de douleurs chroniques cervicales, dorsales ou lombaires. Par ailleurs, l’asymétrie crânienne induit l’apparition d’une asymétrie faciale qui peut être responsable de troubles visuels, d’asymétrie des oreilles pouvant rendre le port de lunettes inconfortable.

« Ces déformations, si elles persistent, seront visibles tout au long de l’enfance, adolescence et à l’âge adulte » prévient le Dr Carmine Mottolese , neurochirurgien à l’Hôpital Femme Mère Enfant-HCL, qui étudie ce sujet depuis des dizaines d’années. La plagiocéphalie positionnelle est souvent congénitale mais passe le plus souvent inaperçue à la naissance ainsi que les premiers jours/semaines de vie. Elle va tendre à s’aggraver dans les premiers mois de vie. Le degré de déformabilité du crâne est variable selon les nourrissons mais des facteurs de risque de ces déformations sont connus: poids élevé, présence d’un retard psychomoteur, grossesse gémellaire, présence d’un torticolis congénital … Le couchage dorsal prolongé sans mouvements de rotation de la tête à la fois pendant la veille et le sommeil va aggraver progressivement cette déformation et « c’est pourquoi il faut, avant tout, prévenir toute déformation en évitant d’installer le bébé dans de mauvaises positions pendant l’éveil » prévient le Pr Di Rocco, neurochirurgien à l’Hôpital Femme Mère Enfant-HCL. En effet le siège auto utilisé hors de la voiture, l’équipement « spécial bébé » (transat, pouf, cocon, coussin d’allaitement, balancelle etc…), largement utilisé, contraignent l’enfant à adopter telle ou telle position ce qui l’empêche de bouger naturellement (container baby syndrome). Il faut au bébé un environnement favorisant l’activité motrice spontanée et permettant donc la variation des postures (tapis d’éveil avec des jeux au sol en évitant les arches de jeu qui attirent l’attention du bébé en haut et non sur les côtés, respect du mouvement de l’enfant, portage encouragé, stimulation de la rotation cervicale pendant les soins, le change, les repas etc…).

Lorsqu’il y a une « bosse » La normalisation de la forme du crâne doit passer par la mise en place de pratique de « bonnes conduites » concernant l’installation de l’enfant à l’éveil en évitant les appuis prolongés sans bouger sur des supports trop durs, appuyer l’enfant du coté de « la bosse » lorsqu’il est dans les bras des parents mais également par de la kinésithérapie cervicale afin de normaliser les amplitudes des mouvements cervicaux. A 4 mois, si la déformation persiste malgré les mesures posturales, il faut rencontrer un médecin spécialisé. Il est en effet possible de mettre en place des traitements spécifiques comme un traitement postural « modéré » aidé par des gilets posturaux. Ces gilets permettent d’installer l’enfant sur le dos mais avec une inclinaison sur le côté de 30-45° entraînant un appui de la tête du côté de « la bosse » à partir de 5-6 mois, à un âge où la plupart des enfants commencent à se retourner seuls. Dans certains cas, le recours à une orthèse crânienne sera nécessaire. En effet, les analyses internationales [8] concordent à dire que l’orthèse crânienne est efficace et accélère la correction. Cependant l’absence de remboursement et les contraintes pour l’enfant doivent la faire réserver à certains cas particuliers.

Pour le sommeil du tout petit, couchez votre bébé sereinement sur le dos avec la tête tournée tantôt à droite tantôt à gauche dès la maternité. Allez à l’essentiel : un matelas ferme à plat qui lui permettra de bouger plus facilement, un drap housse, une turbulette bien ajustée à sa taille pour tenir chaud et c’est tout. Ni coussins, cale-tête, cale bébé, tour de lit… RIEN D’AUTRE !

Lorsqu’il est éveillé laissez-le bouger le plus librement possible. Si une déformation apparait, ce qui sera rare, consultez à partir de 4 mois.

Et pour compléter l’information des parents et des professionnels de la petite enfance, des ateliers de prévention de la Mort Inattendue du Nourrisson se tiendront tout au long de la journée du 19 septembre à l’hôpital Femme Mère Enfant.

Communiqué de presse Hospices civils de Lyon

[1] Carlin RF, Moon RY. Risk Factors, Protective Factors, and Current Recommendations to Reduce Sudden Infant Death Syndrome: A Review. JAMA Pediatr 2017;171(2):175-180
[2] Pease AS, Fleming PJ, Hauck FR, Moon RY, Horne RS, L’Hoir MP, Ponsonby AL, Blair PS. Swaddling and the risk of sudden infant death syndrome: a meta-analysis. Pediatrics. 2016;137(6): e20153275
[3] Kelly BA, Irigoyen MM, Pomerantz SC, Mondesir M, Isaza-Brando N. Swaddling and infant sleeping practices. J Community Health. 2017;42:10-14
[4] Adams SM, Ward CE, Garcia KL. Sudden infant death syndrome. Am Fam Physician. 2015;91:778-83 [5] Lister G, Rybin DV, Colton T, Heeren TC, Hunt CE, Colson ER, Willinger M, Corwin MJ. Relationship between sleep position and risk of extreme cardiorespiratory events. J Pediatr 2012;161:22-
[6] Bloch J, Denis P, Jezewski-Terra D. Institut National de Veille Sanitaire : Les morts inattendues du nourrisson de moins de 2ans – Enquête nationale 2007-2009. [Internet] http://invs.santepubliquefrance.fr/publications/2011/morts_nourrissons/morts_inattendues_nourrissons.pdf
[7] rapport HAS (2007) – Prise en charge en cas de mort inattendue du nourrisson (moins de 2 ans) – Recommandations professionnelles. https://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/argumentaire_mort_inattendue_nourrisson.pdf
[8] études de l’American Association of Neurological Surgeons (AANS), the Congress of Neurological Surgeons (CNS) et de l’ American Academy of Pediatrics (AAP)