Zika et microcéphalie : le premier trimestre de grossesse est le plus critique


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CC0 Public Domain/Pixabay
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En analysant des données de l’épidémie de Zika de 2013-2014 en Polynésie française, des chercheurs de l’Institut Pasteur (Paris) et leurs collaborateurs polynésiens ont confirmé la survenue de cas groupés de microcéphalie et quantifié le risque de microcéphalie associé au virus : s’appuyant sur une modélisation mathématique originale, leur analyse montre que le risque de microcéphalie est de l’ordre de 1% pour un fœtus/nouveau-né dont la mère a été infectée par le virus Zika durant le premier trimestre de sa grossesse. Ces travaux sont publiés dans la revue The Lancet.

Le saviez-vous ? Le virus du Zika se transmet d’homme à homme par l’intermédiaire d’une piqure du moustique du genre Aedes dont Aedes aegypti et Aedes albopictus. Lors d’une piqure, le moustique prélève le virus sur une personne infectée. Après un délai d’incubation chez le moustique de l’ordre de quelques jours et à l’occasion d’une autre piqure, le moustique peut transmettre le virus à une personne saine

Une épidémie causée par le virus Zika touche actuellement un nombre important de pays de la zone Amérique. Cette émergence coïncide avec une explosion du nombre de suspicions de microcéphalie, une malformation neurologique grave caractérisée par des fœtus/nouveau-nés ayant des têtes de petite taille. Pour autant, les données issues de cette épidémie en cours, non consolidées, restent difficilement interprétables, notamment pour quantifier le risque de microcéphalie associé à une infection Zika.

Dans ce contexte, des chercheurs de l’Institut Pasteur – unités Modélisation mathématique des maladies infectieuses, dirigée par le Dr Simon Cauchemez, et Epidémiologie des maladies émergentes, dirigée par le Pr Arnaud Fontanet, en collaboration avec Henri-Pierre Mallet du Bureau de Veille Sanitaire de Polynésie française, Marianne Besnard du centre hospitalier de Polynésie Française, et les hôpitaux Necker et Trousseau (AP-HP), ont choisi de s’appuyer sur les données issues d’une précédente épidémie de Zika en Polynésie française, en identifiant de façon rétrospective tous les cas de microcéphalie survenus sur une période de 23 mois entre septembre 2013 et juillet 2015.

Leurs analyses ont en premier lieu établi que sur les 8 cas de microcéphalie qu’ils ont mis en évidence, 7 (88%) sont apparus durant les 4 mois qui ont suivi l’épidémie de Zika, indiquant une association temporelle forte entre l’épidémie et la survenue de microcéphalie.

Afin de mieux caractériser cette association, les chercheurs ont ensuite développé des modèles mathématiques capables de déterminer la période de grossesse pendant laquelle l’infection par le virus Zika était le plus probablement associée à une augmentation du risque de microcéphalie. Leur modèle a révélé que 1% des fœtus/nouveau-nés dont la mère est infectée au cours de son premier trimestre de grossesse sont atteints de microcéphalie, alors que le risque n’est que de 0,02% en temps normal.

Ce niveau de risque par femme enceinte infectée est plus faible que ce qui a été observé pour d’autres infections virales associées à des complications durant la grossesse. A titre d’exemple, lorsqu’une femme enceinte est infectée par la rubéole durant le premier trimestre de grossesse, le risque de complication grave est évalué entre 38% et 100%. Ces résultats restent néanmoins inquiétants, car contrairement à la rubéole qui affecte moins de 10 femmes enceintes par an en France, la proportion de personnes infectées durant une épidémie de Zika peut dépasser 50%. Ils confirment donc la nécessité de protéger les femmes enceintes contre le virus, et tout particulièrement pendant le premier trimestre de grossesse.

Cette étude vient en complément d’autres études qui ont mis en évidence la présence du virus Zika dans le liquide amniotique ou le cerveau de fœtus à l’occasion d’interruptions médicales de grossesse pour microcéphalie, et d’une étude montrant qu’il est possible d’infecter des cellules souches neurales par le virus Zika. D’autres études sont maintenant nécessaires, notamment des cohortes prospectives de femmes enceintes, pour identifier l’ensemble des malformations congénitales susceptibles d’être induites selon le terme de la grossesse au moment de l’infection par le virus Zika, et pour savoir si la présence de signes cliniques chez la mère lors de l’infection par le virus Zika augmente le risque de microcéphalie.

Symptômes de l’infection à virus zika : Dans une très grande majorité des cas, la maladie provoque peu de symptômes ou même l’absence de symptôme. L’évolution est le plus souvent rapidement favorable avec une guérison spontanée en 2 à 7 jours.

Lorsque des symptômes apparaissent, ils sont le plus souvent de type grippal (fièvre, maux de tête, courbatures) avec des éruptions cutanées et se manifestent dans les 3 à 12 jours qui suivent la piqûre par le moustique.

Le Zika peut également se manifester par une conjonctivite ou par une douleur derrière les yeux, ainsi que par un œdème des mains et/ou des pieds. La fièvre apparaît peu élevée et transitoire.*

Ces travaux ont été co-financés par les institutions citées ci-dessus ainsi que par le LabEx IBEID, EU-PREDEMICS, NIH-MIDAS, et le Fonds AXA pour la Recherche.

Source : Association between Zika virus and microcephaly in French Polynesia, 2013-2015, The Lancet, 15 mars 2016/ Communiqué Institut Pasteur / Ministère de la Santé


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